Vaches médaillées, chevaux haletants et grognements de cochons. Avec ses milliers d’animaux piétinants dans leurs enclos, le Salon International de l’Agriculture prend chaque année des airs d’arche de Noé artificielle. Pendant dix jours, près de 600 000 visiteurs viennent goûter en plein Paris un fragment de campagne.
Héritier de concours professionnels d’animaux du 18e siècle, le Salon de l’Agriculture s’est largement diversifié depuis son ouverture au public en 1964, jusqu’à la présence insolite de dromadaires ou la dégustation de thé au pavillon chinois. Les petits agriculteurs côtoient désormais les géants de la restauration rapide, tels que McDonald’s, ainsi que les chaînes de grande distribution, tels que Lidl.
Vente de produits dérivés à tire-larigot, hamburgers dégoulinants, espace de massages, déboires à l’espace vin, stands de fourrures… La ferme géante a succombé au consumérisme. Une ambiance dissonante règne : les animaux sont à la fois dorlotés et starisés sur les podiums tout en étant surmenés sous une chaleur étouffante et une foule fourmillante. Le caractère organique de la ruralité disparaît derrière un folklore paysan.
La société du spectacle est à son comble entre les défilés de politiques et les remises de prix aux plus grosses bêtes. Pour les agriculteurs venus spécialement dans la capitale, l’événement représente un temps médiatique important. Ils se retrouvent tiraillés entre l’image de leur profession et l’expression de leurs revendications.
Depuis quatre ans, je m’engouffre dans cette cacophonie pour documenter les évolutions de cet évènement historique et la manière dont l’artificialité d’une foire se mêle au vivant et au travail du bétail.