Ils passent, ils déposent, ils stationnent. Les bus de l’Île Maurice ne laissent pas indifférents. Leurs couleurs vives attirent le regard, leurs noms décalés amusent et leurs dessins folkloriques remplacent les pancartes de publicité. Une esthétique kitsch règne sur ces vieilles carcasses métalliques. Palmiers, dauphins, fleurs, vagues invitent à l’évasion et font oublier les pots d’échappement qui ronronnent, la fumée qui s’échappe et la conduite brinquebalante.
La pratique de décorer son moyen de transport puise ses influences à travers le monde. “Truck art” entre le Pakistan, l’Inde et le Népal, “Cars rapides” au Sénégal, “Chiva buses” en Colombie, chaque pays a sa spécificité. Aujourd’hui ancrée dans la culture populaire mauricienne, la customisation des bus permet aux propriétaires privés de distinguer leur moyen de transport sur les routes et de le rendre unique. Les peintures font aussi bien référence à des croyances qu’à des éléments de pop culture. Le multiculturalisme du pays se reflète par la diversité des langues et des symboles religieux représentés. À travers cet art, le travail des artistes, se comptant sur les doigts d’une main, est rendu visible dans l’espace public.
Point de rencontre et d’interaction, le bus est le transport le plus utilisé par les Mauricien·nes grâce à son dense réseau et son coût bon marché. Depuis quelques années, la première ligne de tramway a vu le jour et de nouveaux bus font leur apparition. Plus modernes, plus rapides, climatisés et parfois même dotés du wifi, ils se rapprochent des modèles européens. L’uniformisation des transports — si elle apporte un gain non négligeable pour la sécurité routière — menace petit à petit l’authenticité de ces perles de la route inscrites dans le paysage mauricien. Ce travail questionne les enjeux de la modernisation face aux traditions culturelles.
Artistes représentés : Enni Arts, Kaleem’s Design, Prem Arts, Shyam Shunkur.
LA PRESSE EN PARLE
"Dans la rue Rivoli de la capitale française, sur les grilles du square cerclant la tour Saint-Jacques, se tient depuis mardi une exposition photographique qui ravira à la fois les amateurs de l’île Maurice et de « truck art » ! Cette tradition artistique née dans les années 1940 autour du Pakistan, de l’Inde et du Népal, consistant à décorer les camions et bus, fait aujourd’hui partie intégrante de la culture populaire mauricienne.
C’est un voyage au cœur de l’océan Indien, sur notre petit territoire symbolisant la multiethnicité, à la frontière des deux continents africain et asiatique, que propose la jeune photographe Sonia Reveyaz, résidant et travaillant à Paris. Ses œuvres questionnent sur la préservation des aspérités culturelles, du créolisme, face aux enjeux de la modernisation et du développement des transports. Elles invitent à l’évasion, pour quelques minutes, faisant presque oublier le bruyant, le polluant, le bringuebalant… de ces nombreux tacots des routes, encore très largement usités par les Mauriciens.
L’exposition Maurice Express plonge le badaud dans les couleurs vives de l’île ; les noms décalés de ses vieilles carcasses métalliques ; les dessins kitch, amusants, évocateurs qui habillent leurs carrosseries, customisent leurs coffres, capots ou plaques d’immatriculation. Le rose, le rouge, le violet, l’orange… tapissent les habitacles et banquettes en sky, tandis que fleurs, vagues, étoiles et autres fresques… se dessinent sur les flancs extérieurs. Parmi les photos de l’artiste, celle d’un bus arborant fièrement sur son postérieur un tableau tropical, où cocotiers et flamboyants, plage paisible, voiliers et barques de pêcheur… évoquent une scène inspirée de l’amour du pays, sa culture, sa nature, son patrimoine, son identité."
Texte de Delphine Raimond, journaliste La Gazette Mag