Stilettos, bijoux clinquants et tenues extravagantes : la Fashion Week parisienne affirme sa stature dans le monde de la mode. Chaque année, un bouillonnement s’opère à l’aube des défilés. Les noms des célébrités sont hurlés à gorge déployée tandis que les petits créateurs et férus de mode attendent patiemment leur heure de gloire. Talons colorés, boucles d’oreilles saillantes et décolletés sulfureux, chaque détail est minutieusement travaillé pour parfaire une tenue flamboyante.
Sans invitation, la photographe Sonia Reveyaz change le paradigme de l’ultramédiatisation de cet évènement en photographiant uniquement dans la rue, aux abords des défilés. Le trottoir devient le piédestal tant des créateurs émergents et des mannequins en devenir que des personnalités de la haute couture. L’espace public s’impose comme un territoire d’expression de son identité, un moment de diffusion de soi, un espoir de reconnaissance.
En coupant délibérément les visages et en s’attardant sur les détails, Sonia Reveyaz rend l’anonymat aux personnes photographiées. Qui est mannequin, qui est spectateur ? Que reste-t-il d’une figure publique lorsque son identité disparaît ? La photographie de mode devient ainsi un révélateur d’une tension sociale et culturelle : montrer l’habit ou la personnalité ? La photographe questionne le pouvoir de l’image et recentre le regard sur l’essentiel : le vêtement et ses accessoires.
À la frontière de la photographie de mode et de magazine, Sonia Reveyaz réalise une documentation du réel. La rue se transforme en un véritable terrain de jeu où chacun tente de poser devant la caméra, ou au contraire, de la fuir. Photographier les coulisses de la fashion week permet de pénétrer un évènement incontournable en dévoilant ses aspérités et son humanité. Entre admiration et regard sagace, la photographe tente de déployer l’explosion de couleurs et la créativité débordante des looks, en rendant à la mode son espace d’affirmation.